Chablais vaudois – Le Séchon – Câline Mélodie

By Bertrand, 29 avril 2012

Racines arrachées, troncs cassés, la sève dégoulinant des veines meurtries des conifères attestent de la violence de la tempête qui a agité le nord des Alpes la nuit passée. Les épicéas et mélèzes qui vivaient sur ces sols calcaires pentus n’ont pas résiste à la force des rafales. Feuilles mortes, branches arrachées, pommes de pin par millier viennent compléter ce tableau désolé. Cependant, la vie semble avoir repris ses droits, comme le calme vient après la tempête, les oiseaux chantent et les cours d’eau s’écoulent vers la vallée.

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Les drapeaux suisses s'agitent encore au col du Taney

Stéphane et moi arpentons le sentier à mules raide qui mène vers le col de Taney, dans le Chablais vaudois, à la limite de la frontière franco suisse. Le Grammont et les Cornettes de Bise ne sont pas loin mais à notre arrivée au col c’est un lac de montagne qui vient nous surprendre. La neige est encore bien présente sur les cimes environnantes en ce début de printemps, et la fumée sortant des quelques cheminées des chalets construits ici rappelle que la température est seulement légèrement supérieure à zéro.

La face sud du Séchon

La face sud du Séchon

La falaise que nous cherchons aujourd’hui est exposée sud, ce qui devrait nous permettre de profiter des rayons de soleil qui voudront bien percer les nuages intermittents. L’accès au pied de la falaise n’est pas des plus aisés à trouver pour deux néophytes, récemment arrivés de France pour vivre à Lausanne, et curieux de découvrir cette région regorgeant de possibilités d’escapades et d’aventures. En atteste l’épais topo de la région, couvrant une zone géographique pourtant relativement restreinte. Le Séchon y est présenté comme une falaise calcaire splendide, haute de 150m, avec de nombreuses grandes voies de qualité, et un niveau moyen certes élevé. Alors que nous arrivons enfin au pied de Câline Mélodie, notre objectif du jour, nous apprécions le calme des lieux. Pas une âme qui vive aux alentours. Est-ce cette marche d’approche un peu longue, la météo prévue par les instituts comme instable ou les 20km de Lausanne de la veille qui ont rebutés les nombreux grimpeurs de la région. Il est vrai que mes jambes ressentent encore un peu les efforts consentis la veille mais le bonheur de se trouver ici effacé bien des maux.

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Les alpes vaudoises

Equipés, le ventre rassasié, nous commençons à nous élever. La ligne de la voie est évidente depuis le bas, cheminant le long d’une franche fissure à gauche de toits surplombants rébarbatifs. Cependant les premiers mètres me surprennent. Alors que je tente de grimper tout droit, je me rends vite comté que la difficulté est plus importante que le 6a annoncé. Je tâtonne, reviens prudemment sur mes pas et cherche la clé de ce passage. Au final c’est Stéphane depuis le bas qui vient confirmer le soupçon qui m’envahit peu à peu. Il faut traverser à gauche pour rejoindre ce feuillet imposant. L’espace entre celui-ci et la paroi crée en effet une fissure franche mais débonnaire que je peux remonter en dülfer. Premiers mètres et déjà la banane aux lèvres ! Du relai je prends également beaucoup de plaisir à voir Stéphane s’essayer à cette escalade atypique et s’en sortir avec brio.

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Stéphane s'éclate en dülfer !

Au profit d’une bonne expérience de l’escalade en falaises, acquise notamment en Thaïlande, Stéphane est moins habitué aux grandes voies. Son plaisir de s’élever sur cette face verticale est aussi visible que communicatif. On se rappelle toute sa vie de ces émotions fortes. Pour ma part, ma première grande voie dans les Calanques s’était soldée par une énorme chute de pierre sur la tête ! Je peux dire que je ne l’oublierai pas de sitôt.

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Ou est Charly ? Le point jaune c'est bien Stéphane !

La suite de l’escalade se passe merveilleusement bien. Les 3 longueurs qui nous amènent au sommet sont elles aussi très agréables à parcourir, nous offrant une escalade très variée. Le panorama qui s’élargit à mesure de notre progression s’étend des plaines agricoles valaisannes jusqu’aux hauts sommets enneigés, domines par la tour d’Aï et les Dents de midi. Après quelques rappels et une gorgée de rhum artisanal préparé par Stéphane, nous regagnons tranquillement le plancher des vaches et nos pénates tout en finissant de refaire le monde.

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Ma pomme

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