Face Nord des Courtes – Voie des Suisses

By Bertrand, 26 mars 2012

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Triptyque nordique : Courtes, Droites, Verte

Nichées rive gauche du cirque d’Argentière, les trois faces nord, Verte, Droites, Courtes dévoilent leurs charmes verticaux aux nombreux rando-skieurs dévalant des Grands Montets vers le refuge d’Argentière, première étape du très couru Chamonix-Zermatt, ou plus simplement vers l’un des cols (Tour Noir ou d’Argentière) qui sont de sympathiques objectifs à la journée. Si elle n’est pas la plus débonnaire ni la plus austère des voies glaciaires du cirque, la voie des Suisses est assurément l’une des plus belles. Rectiligne, elle emprunte un mince couloir neigeux coincé entre deux éperons rocheux et débouche directement au sommet des Courtes, à 3856 mètres d’altitude (ou sur l’arête neigeuse sommitale pour sa variante de droite).


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La voie des Suisses, un couloir de 850m

Un an après le couloir Couturier à la Verte, Fabien et moi rechaussons nos crampons pour une grande journée qui doit nous mener des Grands Montets au Montenvers en passant, non par la Lorraine, mais par le sommet des Courtes. Après une sympathique soirée en compagnie de deux anglais qui partent en direction de Ginat dans la face nord des Droites, le réveil, à 2h30 du matin, sonne le début d’une longue journée.

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Drus et Mont Blanc

Sous un ciel étoilé, les lueurs chamoniardes 2000 mètres en contrebas, nous chaussons nos skis pour accéder au glacier. Une fois les premiers mètres avalés, c’est surtout l’impression de solitude qui domine. Même si les lieux nous sont familiers, nous sommes seuls, à la lueur de nos lampes frontales, à tracer notre voie sur ce géant de glace. Alors que nous montons vers la rimaye, qui marque le début des difficultés, l’impression de dégagée se fait plus forte. La très faible luminosité ambiante ne perce plus devant cette grande face verticale qui se fait obscure. Au loin, seule la faible lumière du refuge d’Argentière nous rappelle une présence humaine.

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Monstre plaisir !

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Il faut louvoyer entre rochers, glace et neige

La rimaye, telle une grande gueule béante, ne se laisse pas facilement apprivoiser. Après deux essais infructueux, à essayer de cramponner mon piolet dans une neige poudreuse qui refuse tout ancrage suffisamment solide, je trouve finalement un point de rupture qui me permet de passer le premier obstacle. Après quelques mètres faciles, je me rends compte que la partie n’est pas gagnée. D’en bas Fabien m’indique une faille que je peux atteindre par une traversée à gauche qui me paraît bien délicate. Finalement les ancrages sont solides et après un dernier rétablissement acrobatique, le pied droit remonté au niveau des mes mains, je prends pied sur les pentes neigeuses du couloir.

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Après la rimaye, tel un second rempart, le couloir se raidit

Si les conditions des grandes voies glaciaires en ce début de printemps ne sont pas idéales, le vent ayant soufflé et asséché les couloirs de neige, la voie qui nous occupe aujourd’hui reste en conditions honorables même s’il faut quelque peu louvoyer pour trouver la ligne la plus favorable. J’avance donc régulièrement, coup de piolet après coup de piolet, ravi de cette grimpe dans une voie qui ne se couche pas, même si les mollets chauffent beaucoup. Alors que le jour se lève progressivement nous gagnons de l’altitude. Des passages plus délicats en glace nous font perdre du temps et c’est peu avant 14h que nous débouchons sur l’arête neigeuse sommitale. Le soleil frappe fort lorsque nous passons la tête hors du couloir, accueilli par un spectacle saisissant de cimes enneigées.

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Sur l'arête sommitale

Il est temps désormais d’amorcer la descente qui est une véritable deuxième course. Après deux rappels nous commençons à descendre les pentes versant sud, dans une neige lourde et instable, ramollie par le soleil qui a brillé toute la journée. Bien que la descente se fasse habituellement par le même versant que la montée, nous avons opté pour une descente par le versant opposé. Si cela nous oblige à porter les skis, cette descente est à la fois esthétique et moins exposée que le long couloir nord nord est. Après avoir pataugé dans la soupe de printemps nous chaussons les skis pour plus de 2000 mètres de descente. Si les premières pentes sont délicates, la neige devient meilleure et c’est avec beaucoup de plaisir que nous nous dirigeons vers Chamonix malgré les jambes lourdes. Trop en retard pour espérer attraper le dernier train partant du Montenvers, nous skions le plus bas possible avant de commencer une très longue alternance de chaussage / déchaussage dans un terrain giraffé. 17h après notre réveil nous pouvons commencer à nous détendre et repenser à cette magnifique traversée dans les hautes cimes.

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Le bassin de Talèfre, notre itinéraire de descente et au fond à droite la face nord des Grandes Jorasses

Le récit de Fabien sur sa perception de la journée. Des mots justes et sincères. Merci Fabien.

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