Une semaine dans le Massif du Mont Blanc

By Bertrand, 10 juillet 2009

Et c’est reparti pour un tour ! Après notre semaine montagne de l’été dernier, Martin, Vincent et moi rempilons sauf que cette fois-ci nous resterons tous les trois durant toute la semaine.

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Les Grandes Jorasses et la Dent du Géant émergent des nuages

Afin de nous remettre en jambe (surtout Martin qui n’a pas grimpé depuis des mois) nous choisissons les Aiguilles Rouges et la Tour des Crochues. De forme atypique celle-ci se détache des pointes environnantes et ainsi se distingue facilement, donnant l’impression d’un véritable sommet. Nous choisissons une voie rééquipée par Michel Piola afin d’avoir une transition douce par rapport à notre terrain de jeu habituel. L’accès est aisé depuis le téléphérique de l’index en suivant le sentier d’accès au Lac Blanc. Le rocher est de bonne qualité malgré quelques pierres qui risquent de se déloger ; attention donc si une cordée vous précède, ce qui n’était pas notre cas.

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La Tour des Crochues

La voie, Les Violons Tziganes, est composée de 6 longueurs globalement homogènes (L1: 5c; L2: 5b; L3: 6a; L4: 6a+; L5: 6a (48m); L6: 5c (15m))  avec L3, L4 et L5 présentant des zones bien raides. Je suis désigné pour passer en tête ce qui n’est pas pour me déplaire car la grimpe est vraiment agréable et variée, particulièrement L3 et L4.

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A fond !

Nous choisissons de descendre par le couloir des Crochues qui nous paraît être la meilleure solution d’autant que le temps commence à se gâter sérieusement avec quelques gouttes et l’orage qui menace. Fidèle à mon habitude dans de telles circonstances, je pousse Vincent et Martin à se dépêcher afin d’éviter de se retrouver sous les éclairs…

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Au sommet ? si, si ...

Le lendemain, la météo annonce un temps très instable. Afin d’occuper notre dernier jour d’escalade avant de retrouver notre guide, Jean-Marc, nous allons du côté de la Chapelle de la Glière qui offre une escalade courte et une retraite rapide en cas de mauvaises conditions climatiques.

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Martin dans la longueur clé

L’itinéraire de Mani Puliti est sympathique, parfait à la demi-journée, 6 longueurs en 5b max. A noter particulièrement L4 qui est un très joli mur fissuré que l’on peut protéger avec quelques coinceurs et L6 qui est aérienne.

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Vincent devant l'Aiguille du Verte

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Martin devant l'Aiguille Verte

La descente s’effectue par un sentier de montagne accidenté mais jamais trop difficile et dans notre cas en compagnie d’une famille de chamois 🙂

Suite à ce week-end d’acclimatation nous retrouvons Jean-Marc qui va faire cordée avec Vincent pour les deux prochains jours alors que Martin et moi seront tous les deux en cordée « autonome » sous l’oeil attentif de notre guide.

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Jean-Marc et Vincent durant la traversée

La traversée des Pointes Lachenal est notre premier objectif de la semaine. Cette course relativement aisée sur le papier nous donne l’occasion de remettre en place les fondamentaux et nous offre une course mixte intéressante, pas dénuée de difficultés cependant. Ainsi la dernière ascension nous surprend un peu car nous ne nous attendions pas à une escalade de ce type, raide, dans un terrain relativement instable. Même si le niveau technique n’est jamais dur, l’escalade rocheuse avec les crampons aux pieds demande une certaine habitude et de l’attention. Martin est un premier de cordée attentif et sûr et nous conduit au sommet.

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L'ascension de la 2ème pointe

Après une rapide descente par un couloir neigeux, nous profitons du reste de la journée pour faire une école de neige avec exercices pratiques d’ancrages, passage de rimaye, mouflage etc, Puis nous rentrons rapidement au refuge des Cosmiques pour une bonne nuit avant la traversée Midi Plan. Cependant je ressens un mal de tête sévère ainsi que la plupart des symptômes d’un mal aigu des montagnes. Les conséquences d’une montée à 3600 mètres en quelques minutes grâce au téléphérique de l’Aiguille du Midi. Ceux-ci m’accompagnent jusqu’au petit matin. Mon appétit qui est d’ordinaire si bon en refuge après une journée en montagne est cette fois réduit à la portion congrue. Je ne touche même pas au gâteau d’anniversaire d’un alpiniste qui m’est offert très gentiment. Je n’ai qu’une seule chose en tête, boire et dormir….

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Les Grandes Jorasses au lever du jour

Après une quasi nuit blanche du fait de maux de tête persistants, nous nous mettons en route au petit matin pour une grande classique (une des 100 classiques de Gaston Rébuffat) à savoir la traversée en A/R de l’arête Midi Plan. J’ai beaucoup hésité à suivre mes compagnons, mais mon état s’est un peu amélioré et le départ sous la nuit étoilée est un moment magique qui me fait (presque) oublier toutes les misères de la nuit passée. La température est froide est la neige est bien transformée. La première moitié de la course est en neige et nous permet de profiter du lever de soleil qui éclaire sur notre gauche la vallée de Chamonix et sur notre droite les Grandes Jorasses, les Arêtes de Rochefort et la dent du Requin.

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Au lever du soleil devant les Jorasses

Puis le cheminement devient plus rocheux avec des passages quelques fois délicats qui demandent d’être bien protégés étant donné les pentes qui dévale vers les précipices.

Lors de la traversée du Rognon du Plan, un grand bastion rocheux, nous optons pour la désescalade par la face Nord afin d’éviter le rappel. Bien nous en a pris car au retour nous y apercevons une cordée britannique coincée et en grande difficulté. La fin de l’aller consiste en une nouvelle pente neigeuse puis un passage d’escalade rocheuse pour arriver à l’Aiguille du Plan. Les conditions ce jour-là dans le massif sont moyennes, avec un fort vent et de nombreux nuages qui nous empêchent de profiter à sa juste valeur de cette splendide course.

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Une rare éclaircie nous dévoile le Mont Blanc

Nous avons emprunté le même itinéraire au retour, avec malheureusement des conditions de visibilité très réduites du fait de la brume qui nous cache le spectacle. Lors du passage du Rognon l’escalade est un peu plus péchue, du fait de la difficulté de l’escalade, mais aussi du poids des sacs, de l’altitude, de la fatigue, de la grimpe avec les grosses…mais cela passe bien tout de même.

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L'aiguille du Plan

La fin de la course est un peu longuette avec la remontée à l’Aiguille du Midi qui n’en finit pas. En arrivant à l’Aiguille nous convenons avec Jérôme qui va prendre la place de Jean-Marc pour les 3 jours suivants de nous retrouver le lendemain. Ceci au lieu de partir immédiatement pour Torino, du fait des mauvaises conditions météo. La redescente dans la vallée fait du bien à la tête. La crêpe qui suit également…

Après une bonne nuit de repos dans la vallée, nous retrouvons Jérôme qui termine tout juste le dernier stage de la « Mountain Academy ». Jérôme Blanc-Gras est un guide connu des médias spécialisés pour avoir réalisé de grandes courses lors de son passage au groupe de jeunes élites du CAF mais aussi grâce à sa spécialité, le BASE jump.

Après un copieux repas aux Praz de Chamonix, en compagnie de nos deux guides, notre première étape consiste à monter au Refuge de Tré la Tête depuis les Contamines-Montjoie, où nous passons une soirée très agréable. Le refuge a été rénové récemment et dispose de tout le confort moderne, sans parler des talents culinaires de la gardienne. Nous profitons de notre état de fraîcheur pour réviser notre technique de cartographie. Cependant la rencontre d’un apprenti tibétain qui nous arrose joyeusement de Génépi va vite gêner les capacités de concentration de la petite troupe…

Le lendemain nous partons de bonne heure vers le Mont Tondu. Ce sommet est situé sur le versant gauche du glacier de Tré la Tête, en face du refuge des Conscrits. Nous cheminons vers son sommet par sa Voie Normale. Celle-ci est constituée d’une pente de neige relativement aisée qui se raidit sur les derniers mètres, puis d’une arête rocheuse aérienne. La course est agréable, ponctuée de rencontres avec des bouquetins et sous un beau soleil.

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Le spectacle est grandiose lors de l'ascension

Après le pain de sucre (la bosse neigeuse finale), l’arête rocheuse est vertigineuse avant d’arriver au véritable sommet du Mont Tondu qui est quelques mètres plus haut. Cette arête demande un véritable pied montagnard pour naviguer à la fois en sécurité mais aussi rapidement dans des passages rocheux jamais difficiles mais souvent exposés au vide. C’est un exercice dans lequel je me sens très rapidement à l’aise.

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Vincent, Martin et moi sur l'épaule précédant le "pain de sucre"

Nous profitons de la descente pour faire une école de glace avant de rejoindre le refuge des Conscrits au début de l’après-midi. Durant le long parcours qui nous y mène, je pense à la variété des paysages que nous avons traversé pour arriver au sommet du Mont Tondu, forêt, éboulis, neige, glacier, arête rocheuse… J’apprécie pleinement d’être parti de la vallée, sans remontées, pour arriver dans cet univers de glace, à la manière des anciens.

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L'arête rocheuse menant au sommet du Mont Tondu

Le lendemain matin nous nous levons aux aurores pour effectuer la traversée des dômes de Miage. C’est une grande classique du Massif du Mont Blanc, réputée pour la beauté du parcours composé de grandes dômes de neige.

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Les Dômes de Miage

A notre arrivée au refuge des Conscrits la veille, des cordées nous ont avertis de la difficulté de monter aux cols des dômes et au col infranchissable du fait de la présence de grandes crevasses. Une cordée s’y est malheureusement fait piéger quelques jours auparavant. Aussi nous décidons d’éviter la montée au col des dômes et de couper à gauche de l’éperon rocheux du même col afin d’éviter tout risque de rencontrer cette crevasse. Ceci nous fait couper un peu l’itinéraire original mais n’enlève en rien la superbe de la course.

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Les quatre fantastiques

A cause du fort vent et de l’absence de trace la montée demande une attention redoublée surtout lors de l’ascension du premier dôme. Ceci ne nous empêche pas de profiter de la beauté de l’itinéraire telle une grande chevauchée sur cette fine arête neigeuse.

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Nous faisons la trace...

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Vincent flotte au-dessus des nuages

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Une chevauchée magique au-dessus des nuages

La descente par l’Aiguille de la Bérangère s’effectue sans encombres. Après un arrêt rapide aux Conscrits nous entamons la très longue redescente vers la vallée qui fera beaucoup souffrir les pieds de Martin. Heureusement une halte omelette/ coupe Mont Blanc au refuge Tré la Tête nous redonne de l’énergie pour finir cette belle journée.

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Ca passe tout seul....

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