Parenthèse marocaine

By Bertrand, 13 janvier 2012

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Une bande de potes

Moteurs vrombissants, nos deux voitures quittent l’autoroute flambant neuve reliant Marrakech à Agadir, pour emprunter une route de montagne cabossée et vertigineuse aux innombrables virages à tête d’épingle. Quel contraste entre la vibrante Marrakech et les vallées encaissées et arides que nous traversons. La vie humaine n’y semble pas avoir sa place malgré quelques îlots de civilisation ça et là.

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Bienvenue au Maroc !

Nous voilà donc partis pour Tafrout, petite bourgade nichée au cœur de l’Anti-Atlas, massif montagneux bordé au sud par l’Atlas, à l’ouest par la Méditerranée et à l’est par le Sahara. Le choix de cette destination ne s’est pas fait de manière spontanée, loin de là. L’équation à résoudre était la suivante ; où trouver en ce mois de janvier, soleil, montagnes, dépaysement et un soupçon d’aventure. En surfant sur internet je tombe sur le blog de Sir Chris Bonnington (qui entretient une relation épistolaire sporadique avec Nick depuis notre ascension du Old Man of Hoy ; à mon grand dam je n’ai pas eu la même réussite avec Catherine Destivelle, l’autre héroïne de l’histoire de l’escalade de ce pilier écossais, qui n’a pas répondu à mon message…). Bonnington y indique simplement qu’il vient grimper une fois par an à Tafrout, et ce depuis les années 90. Venant de l’un des plus illustres grimpeurs anglais du XXème siècle, ceci est un gage de qualité indéniable. En me penchant davantage sur la question je réalise que même s’il existe deux topos écrits en anglais sur l’escalade dans cette région, celle-ci garde un caractère confidentiel. Les différents commentaires font état d’un âge d’or de l’escalade dans l’Anti Atlas, destination phare de par l’envergure des falaises, la qualité de la roche mais aussi de très nombreuses possibilités d’ouvertures. Pionniers, les anglais en ont fait un temple de l’escalade traditionnelle, ne laissant aucune trace de leur passage éphémère, et c’est tant mieux ! Alors que nous sommes plus habitués à une montagne apprivoisée, la perspective de partir dans une semi-inconnue est très excitante. A ma grande joie c’est avec beaucoup d’enthousiasme que mes amis ont répondu à cette invitation marocaine.

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Pour la première fois nous posons nos yeux sur la vallée de Tafraout

Après 6 heures de conduite éprouvante, nous découvrons pour la première fois au sommet d’un col la vallée d’Ameln, notre futur terrain de jeu. Sur notre droite, d’immenses parois couleur terracotta se dressent devant nous dans un chaos rocheux nous laissant présager de longues journées trépidantes. Sur notre gauche la verticalité laisse place à de dociles dunes de terre faisant penser à un reg, ces grandes étendues désertiques caillouteuses. Au fond de la vallée se niche Tafraout, tel un joyau (mais un joyau brut) dans son écrin. Nous ressentons alors probablement l’émotion qui a dû accompagner les alpinistes anglais du XIXème lorsqu’ils sont arrivés à Chamonix, submergés d’une envie dévorante de découvrir ces espaces vierges.

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Le chapeau de Napoléon, symbole de Tafrout

Juché sur une colline au centre du village, l’hôtel Les Amandiers sera notre camp de base à l’instar des premiers grimpeurs arrivés ici. Nous y faisons la rencontre d’Ahmed, homme à tout faire qui a fait son métier de l’accueil des touristes. La région de Tafraout, hormis quelques villages traditionnels et des peintures sur rochers réalisées par un illuminé belge, ne propose guère d’attractions pour des voyageurs plus facilement attirés par les plages d’Agadir (rien à dire !) et d’Essaouira (et ça ira !). Aussi la venue des alpinistes (comme les Marocains les désignent) à Tafraout a permis le développement d’une petite communauté touristique apportant une manne financière dont ces terres arides ont bien besoin. En fin connaisseur, Ahmed nous indique le meilleur restaurant de la ville, le Marrakech, qui deviendra notre cantine attitrée. En réponse à une question innocente sur la météo du lendemain, Ahmed nous répond du tac au tac, sourire en coin, ifébô ! Et après-demain ? Ifébô ! Fatigue du voyage oubliée, c’est amusés que nous passons une première soirée à Tafraout.

Kassim, le patron du Marrakech nous reçoit chaleureusement dans son boui-boui. Le lieu ne paye pas de mine avec ses 6 tables en formica éparpillées dans une sobre salle éclairée d’une lumière blafarde. Un bar désuet croulant sous divers apparats donne accès sur la cuisine où la chef de maison officie à l’abri des regards. A l’étage une mezzanine occupée par une grande table laisse imaginer les réunions de famille qui doivent ponctuellement venir égayer ce lieu. Outre le gazouillement de la télé, la salle est rythmée par les allers et venues de Kassim, plats en main, l’oeil vif et toujours attentif au confort de ses hôtes. Rythmée également par le retour de classe de son fils, tout joyeux de retrouver la maison après une longue journée d’école et enfin par l’insaisissable Ahmed venant rencontrer les derniers touristes qui auraient échappé à son attention (si tant est que cela soit possible). De manière presque inéluctable, tout comme la météo reste au beau fixe, le menu est incontournablement composé de couscous ou de tajine ! La seule question qui nous tiraille chaque soir est le difficile choix entre ces deux mets. Non sans certains raffinements cependant : couscous certes, mais poulet ou royal ? Tajine oui, mais agneau ou poulet ? Un vrai dilemme cornélien chaque soir. Seule la soupe et la salade marocaines sont invariablement servies en entrée. Ajoutez à ceci un lait banane ou un mélange multivitaminé et nous sommes tous rassasiés !

De retour à l’hôtel nous profitons d’un dernier verre (bière pour tous, thé à la menthe pour moi !) autour d’une (plutôt trois ou quatre en fait) partie de Perudo, un jeu de dé péruvien passionnant ! Cette fois une nouvelle question nous tiraille. Où grimpe t-on demain ? Dure vie…. Dans la chambre, Jean-Baptiste nous raconte les détails croustillants de sa randonnée dans l’Atlas faite les trois jours précédent notre arrivée à Marrakech. Négociant âprement le prix de sa nuitée dans un minuscule village en pleine montagne, JB n’a pas hésité à troquer une paire de chaussettes pour payer ses dettes hôtelières. Au vu de son bagage léger, heureusement que le voyage n’était pas un peu plus long car il aurait fini par ressembler à Patrick Edlinger dans son solo intégral à Bioux (comprendre sans corde et…en slip).

Au réveil, les premiers rayons du soleil illuminent les parois rocheuses qui nous entourent, nous faisant jouir d’un spectacle saisissant. Les montagnes de pierre se transforment soudain en de flamboyants rochers, embrasés par le soleil levant. A la table du petit déjeuner nous apercevons en pleine lumière la vallée d’Ameln qui abrite les plus hautes faces à proximité de Tafraout. La Tête du Lion les domine toutes du haut de ses 800 mètres de paroi verticale.

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Soleil matinal sur la Tête du Lion

Armés de notre cervelas végétarien, de nos pains ronds et plats ainsi que de fromage visiblement plus hollandais que marocain, nous avons choisi l’une des falaises les plus proches du village pour s’initier à l’escalade sur le quartzite local.

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Ultra motivés pour cette première journée

Sous un soleil de plomb nous passons beaucoup de temps à essayer de nous situer par rapport à un topo plus qu’approximatif. Après quelque temps, nous décidons finalement de nous lancer, à l’instinct, sur une paroi ne nous semblant pas trop rébarbative. Contrairement à l’escalade dans nos falaises (souvent) aseptisées, l’accent est ici mis sur la recherche d’itinéraire et l’appréciation personnelle. Pas de lignes de spits ou de relais installés. Le grimpeur doit faire en fonction de ses sensations, son matériel et ses anticipations. Ceci tend à nous rendre plus vigilants mais aussi plus créatif vis-à-vis de notre environnement.

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Martin goûte les plaisirs de la grimpe sur une roche immaculée

Martin et moi imaginons une belle ligne qui nous mènerait le long d’une arête sous un toit surplombant que nous projetons de traverser avant de l’esquiver sur sa droite. Non répertoriée dans le topo à notre disposition, nous décidons de nous lancer à l’instinct. Une fois au pied du surplomb, je ressens la difficulté de se lancer dans un passage sans savoir que quelqu’un avant soit est déjà passé ici. Est ce que cela passe vraiment, m’interroges-je. Attentiste quelques secondes puis déterminé j’enchaîne deux ou trois mouvements un peu gazeux avant de pouvoir me rétablir au-dessus du toit, pas mécontent de ce dénouement heureux. Je n’avais pas particulièrement envie de tester la résistance de mes friends en ce premier jour, censé être une acclimatation.A cet instant, il me semble critique de préciser que Martin, en homme d’affaire averti, à la recherche de rendement dans ses investissements, utilise ses cordes d’escalade pour grimper bien sûr, mais aussi pour … remorquer une voiture en panne … cette découverte me fera quelque peu perdre confiance dans leur capacité de résistance en cas de grosse chute … Précisons également que Martin me fera cette confidence quelques jours plus tard seulement, un grand sourire au lèvres, se rappelant tout à coup d’où provient ce choc visible sur son brin rose… Celles-ci finiront d’ailleurs leur vie dans le bric-à-brac d’Ahmed (non sans lui avoir précisé que celles-ci ne sont plus destinées à un usage vertical !).

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Dans le surplomb de "Car Key Direct"

Après cette belle journée d’escalade, de retour à la voiture, j’ai la mauvaise surprise de ne pouvoir remettre la main sur mes clefs… Après quelques minutes fort embarrassantes, force est de constater que je les ai perdues. L’expression « autant chercher une aiguille dans une botte de foin » prend un sens dramatique… Finalement, malgré nos recherches, c’est au clair de lune, en compagnie de locaux alertés par ce groupe d’occidentaux immobilisés, que nous regagnons nos pénates. Inutile de dire que je suis tout penaud… Le soir même, le destin veut que nous découvrions dans le topo de l’hôtel que le nom de la voie surplombante que nous avons parcourue se nomme « car key direct » … Troublant…

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En route pour notre première grande voie

Le lendemain nous nous lançons dans notre première grande voie. Vincent et JB n’ayant plus que deux jours de grimpe il faut maintenant rentrer dans le vif du sujet ! Direction Tighalt au nord est de Tafraout. Suite à une longue marche d’approche dans une ravine accidentée qui nous échauffe les cuisses, nous apercevons notre objectif du jour. Nous formons deux cordées et allons parcourir les 300 mètres de ce pilier sur deux lignes parallèles ce qui nous permet de garder le contact sans nous gêner. Après de beaux moments d’escalade dont une sortie sur le fil d’une arête, Martin et moi foulons le sommet. Le point de vue nous permet d’admirer les étendues quasi désertiques qui nous entourent. Seules quelques bâtisses aux couleurs ocre et pastel se dissimulent dans cet océan de pierre et de terre. Notre cordée jumelle sortie de leur voie, c’est au clair de lune que nous effectuons ensemble la longue descente, heureux de cette première grande ascension.

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Vincent grimpe tout en adhérence

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Un océan de dunes s'étend derrière Vincent, Nick et JB

Blessé au genou, Vincent profitera de sa dernière journée pour parcourir la région en jeep avec Ahmed et quelques touristes, à la découverte des villages traditionnels et des peintures sur rochers réalisées par un excentrique artiste belge.

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Les fameux rochers peints de Tafraout

Pendant ce temps Nick, JB, Martin et moi nous enfonçons un peu plus dans la vallée à la recherche de nouvelles falaises. Nous passons au travers de villages dont nous ne saurions dire s’ils sont habités ou non. Par leur allure, certainement pas, mais malgré tout nous ressentons une présence humaine dissimulée.

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Chaleur d'un soleil couchant, chaleur de coeur

Les jours suivants, alors que nous gagnons en confiance et en expérience, nous explorons progressivement des voies plus difficiles dans des régions plus éloignées. En effet, alors que la vallée d’Ameln a occupé les premiers grimpeurs pendant une dizaine d’année, de nouvelles falaises plus au nord de Tafrout ont progressivement été explorées par un nombre d’afficionados toujours plus important. L’une des plus belles voies que nous parcourons s’intitule Black Beauty. Celle-ci tire son nom d’une longue coulée noire, telle une marée noire entachant la falaise et creusant sur son passage une fissure transperçant la face de tout son long.

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La fissure de Black Beauty traverse la falaise sur notre gauche

Martin et Nick en épi sur ma corde, nous passons une journée superbe à remonter cette fissure de 250 mètres. Joyeux, profitant de chaque moment, conscients de la chance que nous avons de nous trouver là. La journée est moins rose pour le couple d’anglais qui nous avait sympathiquement recommandé cette falaise. Alors qu’ils avaient décidé de parcourir une ligne voisine très attirante, Monkey Serenade, ceux-ci ont rapidement fait rebrousse chemin, échaudés par une erreur d’itinéraire qui les a décontenancés.

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En pleine harmonie avec le rocher

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Martin ne tremble pas dans ce surplomb

Le lendemain, Nick et moi gravissons une nouvelle ligne superbe, le Roi Lion. Celle-ci se déroule sur l’une des cinq tours d’Adrar Umlil. Isolées dans un versant sauvage et éloigné, ces tours sont décrites de la manière suivante par notre guide : « probablement les plus belles grandes voies de l’anti-Atlas ».

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Les tours d'Adrar Umlil

La voie que nous parcourons chemine astucieusement le long d’un grand dièdre coupé régulièrement par de grands toits surplombants qu’il faut traverser astucieusement. Nous sommes poussés à réaliser de belles extensions pour rester collés au rocher.

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En équilibriste dans les surplombs

Au beau milieu de la voie, inquiet de la corde qu’il me reste pour parcourir les derniers mètres de la longueur, je crie à Nick :

– Combien de corde encore ?

– 27 mètres me répond-il du tac au tac

Malgré la distance qui nous sépare et la difficulté de communiquer dans une voie d’escalade, je reste bouche bée devant une telle précision !! Je lui réponds alors amusé :

– Nick, es tu sûr que ce n’est pas 28 ??!

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Are you sure it's not 28 ??!

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Quel pied !

Le jour suivant la journée est moins marquée par l’escalade (nous retournerons dans les tours d’Adrar Umlil) que par l’arrivée de Christoph, un ami de longue date de Nick, et notre soirée au hammam !

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Après l'effort, le réconfort !

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Retour à Adrar Umlil, avec un compagnon de cordée de plus

Le hammam joue un rôle central dans la vie locale. Plus qu’un lieu d’hygiène, il s’agit d’un véritable espace d’échange et de socialisation. Quelque peu interloqués de nous voir arriver dans ce lieu tout sauf touristique, bien loin des standards hygiéniques occidentaux, les locaux font preuve d’une gentillesse et d’une ouverture d’esprit incroyable à notre égard. Ainsi nous enseignent-ils les règles élémentaires d’utilisation des lieux. Si bien que, assis par terre, nous nous frottons allègrement au gant de crin et au savon noir avant de nous arroser à grands sauts d’eau chaude. Nous franchissons alors une étape supplémentaire dans la proximité d’une cordée lorsque nous frottons le dos de nos camarades dénudés ! Au moment de nous sécher nous participons à la discussion avec les locaux et subissons même les remontrances d’un marocain agacé par les changements climatiques actuels. Bénéficiant de très peu de jours de pluie chaque année, les saisons récentes se sont révélées catastrophiques et extrêmement sèches. Une piqûre de rappel amère à destination d’occidentaux trop complaisants face aux impacts de l’évolution climatique… S’ils signifient pour nous une saison chaude étendue ou pire la fonte des glaciers, ils sont synonymes de désolation pour beaucoup d’hommes dépendant de leurs cultures pour l’alimentation de leur foyer.

Force est de constater que nous nous sommes habitués à cette nouvelle vie transitoire. Habitués de voir Ahmed à chaque coin de rue tentant de nous attirer dans sa boutique pour y troquer, habitués de discuter autour d’une bière marocaine avec Mohammed le barman de l’hôtel des Amandiers, habitués d’attendre le retour de l’école du fils de Kassim qui débarque chaque soir autour de 22h d’un bus branlant, habitués de rencontrer chaque soir de nouveaux touristes venus des quatre coins d’Europe, habitués d’adresser un sourire rassurant au portier de l’hôtel inquiet de nous voir partir chaque matin avec nos paquets de cordes sur l’épaule et nos sacs carillonnant au bruit métallique de notre matériel et habitués enfin de se faire aborder par les innombrables locaux souhaitant simplement nous saluer ou plus souvent nous mener vers une boutique ou un restaurant du coin.

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Autour d'Ahmed, le géo trouvetout de Tafraout

Ce soir là est un peu particulier. Nous nous préparons mentalement à notre dernier grand projet. Une ligne que nous lorgnons de l’oeil depuis notre arrivée dans la région, attirés autant par son esthétisme que par le défi qu’elle représente. Avec ses 800 mètres, la Tête du Lion est en effet une véritable course de montagne avec l’accumulation de plusieurs difficultés : recherche d’itinéraire, quelques passages d’escalade relativement difficiles mais également son envergure, qui nous demandera une concentration et une rapidité de tous les instants pour ne pas avoir à bivouaquer dans la voie. Ce soir là, nous faisons part à Kassim de notre projet et lui demandons s’il pourrait nous préparer un repas spécial pour le lendemain soir, récompense d’une journée d’efforts et ponctuation finale de notre séjour à Tafraout. Après 8 jours de Tajine et de couscous, nous espérons en effet goûter à une autre spécialité marocaine. Kassim, tout d’abord étonné par notre demande, mais toujours désireux de satisfaire ses clients, nous demande un peu de patience, le temps d’interroger sa femme, chef cuisinière de l’établissement. Après une demi heure, le maître des lieux revient vers nous, sourire aux lèvres, et nous propose, en guise de menu spécial, …, un tajine ! Après un bon éclat de rire général, celui-ci précise qu’il s’agirait d’un tajine de poissons ! Inédit jusque là ! Accompagné en entrée d’une paella. Une fois l’affaire conclue nous profitons de notre couscous, pour les uns, tajine pour les autres, avant de vite regagner nos chambres pour une bonne nuit de repos avant le grand jour (non sans jouer une partie de Perudo !).

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La tête du Lion

Le lendemain, c’est gonflés à bloc que nous nous présentons devant la Tête du Lion. Alors que je relis les notes prises le soir même de l’ascension afin de conserver mes premières sensations à chaud, voici comment je décris cette journée : « Une journée comme il y en a trop peu dans une vie. Une chevauchée fantastique de 11 heures, le long de 3 arêtes et 4 sommets pour atteindre la Tête du Lion, sommet mythique de la vallée, après 800 mètres d’escalade ». Si l’accent lyrique est probablement accentué par le sentiment immédiat provoqué par une journée parfaite en tous points, il n’en reste pas moins que celle-ci était superbe. Que ce soit la qualité de l’escalade, l’intelligence de l’itinéraire, l’envergure de la course mais surtout la parfaite entente avec Martin, mon compagnon de cordée, nous nous complétant et comprenant parfaitement tout au long de la journée, pas un nuage n’est venu troubler ce grand ciel bleu. Quel plaisir de sentir une cordée à sa place; deux expériences et deux capacités animées et dirigées à l’unisson vers un objectif commun. L’escalade en elle-même nous réserve d’incroyables passages à l’instar de ce mur technique de 60 mètres (où la nécessité d’éviter les cactus toxiques, « mangeurs » de corde), rajoute de l’intensité à l’escalade, mais également une incroyable arête terminale, que nous remontant tels des équilibristes sur une corde raide.

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Le plus beau passage d'escalade

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L'escalade sur le pilier final est sublime

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Nick est super attentif sur les manips de corde

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Au sommet, le soleil entame son coucher

La journée est longue et c’est complètement « schafted© », mais le coeur léger, que nous regagnons à la lueur de nos lampes frontales la vallée, conscients d’avoir vécu un moment rare. Cette longue descente sera égayée par la rencontre de deux bergères, menant leur troupeau de moutons dans les hauteurs, pour une ou plusieurs nuits, coupées du monde ; réminiscence d’un temps révolu. Si elles ne nous adressent pas la parole, sûrement pas éducation ou par pudeur, celles-ci nous font un signe hésitant, tout en se masquant les yeux, mélange subtil d’ouverture et de retenue.

Après une telle aventure, ce n’est pas le repas festif concocté par Kassim et son épouse qui viendront gâcher la fête !

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Tajine royal au Marrakech

Le jour suivant, il ne nous reste plus désormais qu’à rejoindre Marrakech. Si les envies pour ce dernier jour sont diverses, certains voulant grimper, d’autres désirant rejoindre tranquillement Marrakech, nous finirons par ne contenter ni les uns ni les autres, certainement un peu las par la grande journée de la veille. En effet, après 24 heures d’intenses tractations pour nous pousser, Martin et moi, à retourner grimper une dernière fois, Nick, qui avait fini par nous convaincre, nous annonce royalement au réveil que finalement, il passerait bien une journée tranquille !

Malgré la relative débâcle d’une journée débridée, celle-ci sera néanmoins animée par un auto-stoppeur que nous dépannons dans un village de montagne isolé. Saisissant l’occasion de monter dans une voiture, celui-ci ne semble pas décidé sur sa destination finale mais très désireux de parcourir des kilomètres avec nous ! Voyageant sans bagage, pas intimidé par notre présence (fouillant même la boîte à gants pour y trouver je ne sais quoi), acceptant avec bonne humeur toute la nourriture que nous pouvons lui proposer, nous nous amusons de ce passager original. Enchaînant les cols de montagne sur des routes défoncée, Martin conduisant au son des voix des deux ténors assis sur la banquette arrière, l’instant est irréel. Nos esprits divaguent, repensant à tous les bons moments vécus mais aussi au retour à nos vies respectives. Qu’à cela ne tienne, Nick nous a d’ores et déjà donné RDV pour l’an prochain !

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Aucun doute, nous reviendrons à Tafraout

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One Comment

  1. […] Pour fêter l’arrivée des beaux jours, Compagnons de cordée adopte des couleurs résolument estivales. Pour célébrer cela dignement, la page sur notre séjour incroyable au Maroc, à Tafrout plus précisément, est maintenant en ligne : Parenthèse marocaine. […]

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