Moiry version noir et blanc

By Bertrand, 2 septembre 2012

Il fallait une grande dose de motivation pour partir en montagne par ce temps de chien ! Cette motivation nous l’avions accumulée, contraints et forcés, par une météo désastreuse au retour de notre belle chevauchés autour (et sur !) le Cervin. Certes nous avions bien profité de ces jours de « repos » bien mérités : ballade touristique dans le Val d’Aoste, escalade humide à la falaise du Scez du Corbeau, bain de minuit dans le lac Léman, VTT boueux autour du Chalet à Gobet, raclette… Nous étions tout de même accablés par le pessimisme persistant de Météo France qui nous orientait davantage vers un spa que sur les cimes. Qu’à cela ne tienne, un obscur site scandinave annonce vendredi après-midi une furtive éclaircie dans la nuit de samedi à dimanche. Après tout les norvégiens doivent s’y connaître en météo ! C’était le rayon d’espoir que nous attendions pour remplir nos sacs à dos. Pas question de partir pour une grande course cependant. Nous optons pour une brève montée dans le Val d’Anniviers, à la cabane de Moiry, dans une vallée coincée entre Zinal à l’est et Arolla à l’ouest.

C’est dans la neige que Jean-Baptiste, Stéphane et moi entamons notre montée. Notre visibilité est quasi nulle et les seuls hardis que nous rencontrons vont dans le sens inverse du nôtre. La montée est cependant ponctuée par une rencontre chaleureuse avec les vaches d’Hérens. J’avais déjà souvent entendu parler de cette fière race valaisanne. La montagnarde possède une robe noire monochrome et intense, un cou puissant et le front large, une poitrine profonde. Ses membres courts en font une vache trapue. Dotées d’un tempérament vif et belliqueux, elle est surtout connue pour les folkloriques combats de reine qui permettent d’établir la hiérarchie du troupeau. Hormis cette rencontre la montée est surtout marquée par nos errements et c’est à l’aveugle que nous entrons dans l’accueillante cabane. Construite en 1924, les anciens bâtiments ont été avantageusement agrandis en 2010 par une construction moderne, écologique et extrêmement confortable. Nous sommes bien loin du rustique refuge. Lumière, chauffage, douches, excellents repas, matériaux nobles… tout est fait pour le confort des visiteurs. Logiquement la cabane est vide à notre arrivée et nous serons au final une petite dizaine à y passer la nuit en altitude.

Où nos héros prient Sainte Rita, patronne des causes désespérées et invoquent les dieux scandinaves…

Après une bonne sieste et un essai maladroit au carrom, ce billard de table indien, nous étudions passionnément une photo murale en noir et blanc qui nous laisse imaginer les lieux qui nous entourent. Serait-ce mon imagination qui me joue des tours mais il me semble distinguer au travers des baies vitrées les formes que je ne visualisais jusque là que sur papier glacé. Les minutes passant, nous découvrons avec délice que les brumes qui nous enveloppaient s’évaporent progressivement pour laisser place à un spectacle grandiose. La montagne, en cette fin d’été a revêtu provisoirement ses habits blancs. La soirée est très agréable, animée par des hôtes sympathiques, de bons mets et un spectacle céleste fascinant. Ce revirement météo égaie fortement la poignée d’alpinistes présents ce soir là et nous nous préparons à partir au petit matin pour la pointe de Mourty, un sommet classique depuis la cabane.

L’objectif est modeste sur le papier mais avec la quantité de neige tombée ces derniers jours complique sérieusement les choses. Nous devons faire la trace avec de la neige parfois au-dessus du genou, traverser un glacier crevassé dont les nombreux ponts de neige sont extrêmement fragiles en cette saison et enfin traverser une arête enneigée qui est habituellement sèche à cette saison. En bref largement de quoi satisfaire notre appétit. Alors que nous progressons vers le sommet je pense à la difficulté variable d’un objectif en fonction des conditions du terrain. Nous sommes en effet les seuls ce jour là à nous frayer un chemin sur un itinéraire certes facile mais dont les pièges ne sont pas absents et qui demandent de la vigilance. En d’autres circonstances cette course pourrait être une véritable petite promenade de santé.

L’ensemble de la journée se déroule sans aucune frayeur et nous en profitons pleinement. La seule véritable surprise est de découvrir, au retour, un paysage diamétralement opposé à celui que nous avons traversé la veille. La couche de neige a laissé place en quelques heures à une fraîche herbe verte qui nous rappelle les plus beaux jours de l’été. Les belles vaches d’Hérens ne s’y trompent d’ailleurs pas et profitent des derniers rayons du soleil pour se dorer la pilule. Quant à nous il est déjà l’heure de reprendre la route non sans une courte halte gastronomique à Grimentz pour profiter des géraniums de ce charmant village.

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