Les Droites – Couloir Lagarde

By Bertrand, 19 avril 2014

Les Droites – Couloir Lagarde – 21 mars 2014

François Damilano, grande figure de l’escalade glaciaire, décrit le parcours de l’un des itinéraires de la face nord des Droites comme l’un des moments marquants dans la vie d’un alpiniste. En effet, la face haute de 1000 mètres n’admet pas d’ascensions aisées. Quel que soit l’itinéraire choisi, l’aventure sera sérieuse et les possibilités de retraite hasardeuses.

Pourtant je n’avais jamais vraiment sérieusement considéré l’ascension de cette face Nord jusqu’à cet hiver 2014. Certes j’avais pu observer cette face des dizaines de fois depuis le glacier d’Argentière. Sans doute la grandeur débonnaire de celle-ci et la raideur glaciaire de ces itinéraires m’inspiraient davantage de respect que de projets.

En cet fin d’hiver, les conditions étaient cependant réunies pour tenter l’aventure. Au-delà de l’aspect technique, le plus difficile dans un projet comme celui-ci est la concordance de l’ensemble des paramètres suivants. Puisque faire demi-tour reste une alternative hasardeuse, aucun compromis ne devrait être fait.

  • Météo : l’anticyclone qui règne sur le massif touche à sa fin. L’ascension est prévue pour le vendredi. Le mauvais temps doit venir s’installer dans la nuit de vendredi à samedi. Le créneau est bon mais limité.

 

  • Conditions : contrairement aux grands itinéraires de la face nord, le couloir Lagarde a moins souffert du vent qui a asséché le massif cet hiver. Plus encaissé, orienté nord est, le couloir de neige est en très bonnes conditions. Les 150 derniers mètres de l’itinéraire sont cependant secs et demanderont des qualités de grimpeurs et un peu de matériel supplémentaire.

 

  • Cordée : pas de doute avec Stéphan. Nous commençons à bien nous connaître et notre cordée est soudée. L’ascension de la Pierre Allain à la Meije l’été dernier nous a montré à tous les deux que nous étions en phase et complémentaires.

 

  • Préparation : la confiance règne de mon côté. Je suis en forme et j’ai parcouru deux goulottes la semaine précédente. Stéphan n’a pas de repère cette année et ne sait pas à quoi s’attendre. Je le connais bien cependant et le convaincs de partir là-haut.

Afin d’assurer notre acclimatation, Stéphan et moi optons pour une montée en douceur depuis Lognan. Les skieurs des Grands Montets nous regardent d’un air interrogateur. Pourquoi ces deux illuminés s’acharnent-ils sous se soleil de plomb à remonter ces pentes alors que la télécabine les propulserait en quelques minutes 1000m plus haut ? Différence de perspectives…

Nous profitons de la pause sandwich pour organiser une petite école de glace sur les séracs du glacier d’Argentière. L’expérience de Stéphan sur des crampons est limitée mais il apprend très vite ! Comme à son habitude.

Arrivés au refuge d’Argentière nous regardons cette face avec humilité. Celle-ci est hautement impressionnante. Grande ou petite course, qu’importe, nous effectuons les gestes habituels, presque rituels, afin de nous préparer. L’esprit seulement est un peu plus concentré sur l’objectif.

2h du matin. Nous voilà partis pour de longues heures d’ascension. Nous serons trois cordées ce jour là dans le couloir. La première, partie bien plus tôt que nous sera héliportée quelques heures plus tard par le PGHM pour une raison inconnue…

De l’ascension elle-même, je garde un très bon souvenir. Les longues pentes de neige sont interrompues par des ressauts plus raides demandant une technique sûre d’escalade glaciaire. Le tout dans une ambiance incroyable de couloir large mais encaissé, bordé sur ses deux flans  par de grandes parois rocheuses. Le haut du couloir formant une banane, nous parcourons les  deux tiers de celui-ci sans voir ce qui nous attend plus haut. Nous savons que le tiers supérieur est sec et en effet après de longues heures de progression cette partie demande à nouveau effort et concentration dans un style tout à fait différent pour finalement déboucher sur une brèche étroite.

Encore une fine arête de glace et de neige pour finalement toucher la cime. Ces quelques mètres sont probablement les plus faciles de l’ascension mais ils demandent des ressources mentales quelque peu enfouies après 14 heures d’efforts.

A peine le temps de profiter de ces instants perchés et voilà le moment de descendre. Et quelle descente ! Comme nous l’avions déjà constaté à plusieurs reprises, Stéphan et moi avons la capacité à nous montrer extrêmement complémentaires. Alors que j’ai mené notre cordée au sommet, Stéphan prend le relais à la descente. Quel confort de pouvoir se reposer sur son partenaire pour se ressourcer. Et la descente nous opposera bien plus de difficultés que prévu.

Après deux heures de rappels, nous comptions sur nos skis portés sur le dos jusque là pour nous mener rapidement à Chamonix. Seulement, nous sommes confrontés à d’impressionnantes pentes de neige qui ont regelé à peine une demi heure avant que nous ne chaussions nos skis. Trop hasardeuse, la descente à skis nous paraît hors de portée dans notre condition actuelle et avec un tel poids sur le dos. Nous voilà donc partis pour une désescalade longue et pénible mais sûre. Nuit qui tombe, arrivée de la neige et du brouillard, neige inconsistante. Comme souvent lorsque les choses se compliquent tous les éléments s’en mêlent.

La route est longue et tortueuse jusque Chamonix mais la bonne humeur de notre cordée n’est jamais entamée. Nous arriverons à Chamonix à 3 heures du matin. Et cette fois les choses tournent en notre faveur : une voiture de joyeux drilles nous prend en stop pour rejoindre la voiture à Argentière et nous trouvons un bar ouvert à cette heure avancée : le Tof, bonne bière, musique des années 80 et un paquet de chips. Quel pied !

One Comment

  1. Thibaud dit :

    Et le lendemain tu étais plus en forme que nous pour le WE à Lyon 🙂

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