Grépon Mer de Glace

By Bertrand, 29 août 2013

grepon-1On voulait faire comme Catherine dans son film ! Dormir au sommet du Grépon, la classe non ?!

 

Du coup on a pris notre temps. Parce que dormir là-haut cela veut dire transporter son duvet et son matériel de bivouac sur plus de 1’500 mètres de dénivelée dont 800 mètres d’escalade et le passage d’une rimaye bien ouverte et difficile à négocier.

 

Pour dire la vérité, la gardienne a été surprise de notre projet. Apparemment les cordées qui dorment au refuge de l’Envers pour partir sur un bivouac au sommet du Grépon ne sont pas légion. Elle nous a pris pour des originaux je crois…

 

Pourtant le projet a beaucoup d’avantages. Un départ plus tardif du refuge permet de négocier la rimaye de jour, ce qui est loin d’être un luxe en cette fin de saison où celle-ci est vraiment ouverte. Dormir au sommet ne met aucune pression sur l’horaire de course et permet de profiter pleinement de cette escalade grandiose. Surtout la descente est loin d’être triviale : longue, sur un glacier perturbé avec des passages de désescalade peu évidents et une recherche d’itinéraire parfois subtile. Aussi, effectuer cette descente de jour est un gage de sécurité non négligeable. Sans parler de l’acclimatation plus douce qu’une ascension express depuis la vallée. Bref le plan me paraît idéal : nous avons gravi le Grépon par la voie « originale » !

 

Et tout s’est déroulé à merveille pour Stéphan, Michka et moi !

 

La voie est à la hauteur de sa réputation. Un itinéraire grandiose sur du très beau rocher dans un cadre à couper le souffle. La ligne n’est pas toujours évidente à trouver et demande un peu de flair montagnard mais réserve de magnifiques passages, en particulier le haut de la voie, bien plus grimpante, en particulier le beau dièdre de 12 mètres.

 

Partis très tard du refuge, assommés par une plâtrée de polenta la veille, initialement prévue pour trois, que même cinq estomacs montagnards n’ont pas réussi à épuiser, nous sommes logiquement arrivés de nuit à la brèche située 20 mètres sous le sommet. Ayant gravi la majeure partie de la journée enveloppés dans une épaisse brume qui nous a bouché la vue, nous décidons de concert d’aller chercher des vires de bivouac 50 mètres sous la brèche sur le versant opposé. La dernière longueur est en effet réputée difficile et il serait dommage de ne pas bénéficier de la vue sommitale. Notre seule inquiétude concerne notre capacité le lendemain à revenir au niveau de la brèche car nous devons tirer deux rappels pour rejoindre nos emplacements pour la nuit.

 

Un bivouac en montagne est toujours un moment magique…s’il est préparé… Etant restés au contact (sonore) d’une cordée toute la journée, nous ne sommes pas étonnés de les trouver au lieu-dit pour la nuit. Sauf que, partis à 4 heures du matin du refuge, ceux-ci avaient prévu de sortir la voie dans la journée, et suite à diverses erreurs, se sont retrouvés bloqués ; pas de couverture de survie, pas de vêtements de rechange, pas de vivres chaudes. Les pieds dans le sac pour éviter les morsures du froid, assis sur leur corde pour les protéger de la neige et de l’humidité, leur nuit s’annonce beaucoup plus dure que la nôtre, équipés de nos chaudes doudounes, duvets, tapis de sol et réchaud. Bien sûr nous partageons avec eux nos ressources mais il nous semble que ce qui leur fait le plus de bien est la possibilité de parler. Isolés à 3 500 mètres sur une plateforme vertigineuse, cernés de glaciers turbulents et mordus par le froid, la solitude qui s’abat sur leur cordée est peut être le plus dur à supporter. De notre côté le bivouac est tout autre : bien préparé, il nous permet de profiter pleinement de cette parenthèse magique en altitude, au plus prêt de la montagne, émerveillés par les jeux de lumière qui animent le Mont Blanc et les Aiguilles de Chamonix.

 

Chaudement installés sur étroite plateforme, nous sommes réveillés par nos alpinistes refroidis qui attaquent la descente aux premiers rayons du jour. De notre côté nous retournons sur nos pas pour espérer fouler le sommet. De retour à la brèche, seule la fissure Knubel nous en sépare encore. Connu des historiens comme le premier passage de V+ à avoir été gravi en montagne, son escalade est réputée ardue. Si bien que le fameux guide Vallot qui répertorie toutes les courses classiques du massif en décrivait chaque mouvement ! Personnellement j’ai trouvé son escalade relativement pêchue, d’autant que nous étions en grosses chaussures de montagne, mais pas si déconcertante que je me l’imaginais de prime abord. Cela restera dans mon esprit comme un grand moment d’escalade d’autant que l’arrivée au sommet, gardé par une vierge protectrice, est tout bonnement spectaculaire.

 

Une grande et belle aventure, à conseiller à tous les amoureux de la montagne ! Un conseil : prenez le temps d’en profiter 😉

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