En passant sur le GR54

By Bertrand, 28 septembre 2009

En automne, l’Oisans entame une période de transition, véritable mue entre la verte période estivale et le blanc hivernal. Jusqu’alors entièrement dévouée aux alpinistes et randonneurs, l’Oisans prend un instant de repos avant de s’offrir aux fous de la glisse. Durant cet entre-deux, elle se vide de la plupart de sa population et de ses visiteurs et prend ses couleurs mordorées, ocre et pourpre.

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Sur les hauteurs du Lac de Chambon

C’est à cette période de solitude que nous décidons d’arpenter ses vallées. Notre aventure commence depuis Briançon, citadelle de Vauban, à la charnière des Alpes du Nord et des Alpes du Sud, carrefour  à la rencontre de quatre magnifiques vallées (la Guisane, la Clarée, la Haute-Durance et la Cerveyrette). Ces vallées verdoyantes adoucissent le paysage montagnard  aride, constitué de sommets âpres et dénudés ocres, grisés ou d’un blanc étincelant.

Un bus matinal nous mène au barrage de Chambon (1,040m), le long d’une route encaissée qui fut jadis, sous le règne d’Auguste, un tronçon de la voie directe reliant Turin à Vienne, par le col de Montgenèvre, Briançon, le Lautaret, la vallée de la Romanche et Grenoble. Une rude montée nous permet de rejoindre rapidement le charmant village de Mizoën, un ravissant village paré de mille fleurs. Il offre une vue magnifique sur le Lac du Chambon qu’il surplombe. Nous montons rapidement le long de bons sentiers, même si le poids des sacs, lestés de notre tente et de nourriture pour 5 jours, se fait sentir, et arrivons au refuge des Clots.

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Le plateau d'Emparis

Le refuge est situé au pied du Plateau d´Emparis, à côté de la débonnaire Cascade de la Pisse. Puis, le chemin se raidit et devient plus montagnard, avec le passage d’arides balcons schisteux. Alors que la météo se dégrade rapidement nous prenons pied sur le plâteau d’Emparis et arrivons au refuge des Mouterres (2,250m). Nous avions prévu de bivouaquer, mais la perspective de passer la nuit sous l’orage ne nous enchante pas d’autant que nous avons la chance d’être accueillie par la gardienne du refuge qui passe la dernière soirée de la saison en altitude et finit de préparer son refuge pour la longue trêve hivernale. Nous n’oublierons jamais cette excellente soirée avec elle et notre rencontre.

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Bain de lumière nocturne

Cette nouvelle journée doit nous mener à La Grave, royaume de la Meije. Après quelques enjambées, nous apercevons pour la première fois le cœur des Ecrins depuis le col du Souchet, l’un des belvédères les plus incroyables de l’Oisans. Avec pureté, le Brèche se profile en azur, là-haut, entre les crêtes neigeuses du Râteau et le grand envol d’une roche indiciblement belle et légère qui s’élève plus haut que chose terrestre ne peut aller. C’est la Meije, la montagne dont la conquête et l‘amour illuminèrent tout l’alpinisme français. Elle lui est restée sacrée.

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La Meije

La première ascension est le fruit de la plus improbable des cordées, alliance entre un guide déjà âgé, Pierre Gaspard, et le jeune et fougueux baron Emmanuel Boileau de Castelnau, en 1877, au terme d’une ascension particulièrement ardue pour l’époque depuis la Bérarde, alors que la plupart des essais émanaient d’alpinistes anglais depuis la Grave, de l’autre côté de la montagne. Le Meije illumine notre parcours qui après avoir franchi le plâteau, entame la descente vers Le Chazelet puis La Grave (1,500m). Au Chazelet notre bonne étoile nous sourit à nouveau puisque nous tombons sur un restaurant, à l’accoutumée fermé à cette époque de l’année, mais qui reçoit une fête familiale et nous offre un déjeuner délicieux dans une ambiance plus que sympathique.

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Stéphanie sur le plateau d'Emparis, belvédère unique de la Meije

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Le Chazelet

Assis à une terrasse d’un hôtel, nous voudrions que ce bain de lumière se prolonge indéfiniment. Elle ne vient pas du ciel cette lumière, le ciel est trop loin par-dessus la Meije ; mais de la montagne même, si resplendissante qu’elle ne semble ne jamais donner d’ombre. Ce sont les glaciers qui éblouissent ; et le moutonnement des séracs coule à pleine pente, depuis les arêtes jusqu’en bas, jusqu’aux vallonnements dont la verdure ocre est écorchée par des ravins de schistes noirs. Ce soir notre chance continue puisque nous trouvons le dernier restaurant ouvert dans le village, qui s’apprête à faire sa dernière soirée. Nous en profitons grandement et avalons goulûment chacun deux plats de pâtes !

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Le Meije depuis la Grave

A contrecoeur nous devons quitter cet enchantement et rejoignons le charmant village de Villar-d’Arène qui paraît écrasé dans ce vallon encaissé, et qui a la réputation d’être le village français recevant le moins de lumière solaire au cours de l’année. Nous nous engageons alors dans la vallée de la Romanche, dans un paysage de pentes grises et d’éboulis. Tout est nu ; et cette nudité serait d’une accablante sécheresse si elle n’était tempérée de la chute de glaciers qui s’encastrent le long de grands couloirs. Le sentier côtoie l’eau et parfois il est mordu par elle.

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Vers le pas d'Anne Falque

Nous laissons place à un troupeau de moutons sévèrement gardé par deux chiens de berger, qui peinent à passer le lieu-dit du pas d’Anne Falque et doivent faire preuve de la plus grande agilité. La légende veut qu’Anne Falque ait trébuché en cet endroit et y ait trouvé la mort, noyée, au retour d’une nuit festive à Villar-d’Arène. Mais la grâce des lieux ne se laisse pas ternir par ce souvenir funeste. On débouche le ressaut gravi dans l’immense paix des alpages où se trouve notre refuge pour la nuit, l’Alpe de Villar-d’Arène.

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Au refuge de l'Alpe de Villar-d'Arène

Nous le trouvons vide de toute activité, isolé au milieu de ce cirque de cimes où le pic des Agneaux règne en maître. Alors que nous nous apprêtions à passer une soirée romantique un urluberlu venu de nulle part vient troubler notre tranquillité. Celui-ci, visiblement égaré psychologiquement et physiquement, arrive en tongs dans ce refuge d’altitude, sans nourriture, sans eau, sans affaires, incapable de savoir où il se trouve exactement. Il nous fera passer une bien mauvaise nuit, incapables de fermer l’œil, quelques peu anxieux de cette présence pour le moins cocasse.

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Les Agneaux, 3664 m

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La Grande Ruine, 3765m, au coucher du soleil

Le lendemain, après une nuit blanche nous filons à toute allure vers le col d’Arsine. Le pic des Agneaux domine de ses masses fermes et délicates, plaquées de bronze et d’argent, qui montent verticalement en faisceaux ; la plus haute pointe est gainée de neige jusqu’à son dard final, aigu et noir. Une atmosphère paisible imprègne tout le site.

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Cirque du glacier d'Arsine depuis le col d'Arsine, 2340 m

La descente nous fait passer par l’ensemble des étages alpins, quittant les étincelants glaciers pour la moraine grise avant que la faune ne se fasse plus abondante nous dévoilant aux passages de beaux rhododendrons d’un violet éclatant avant que nous finissions notre chemin en forêt débouchant sur le Monétier-les Bains, notre point d’arrivée que nous franchissons en chantant.

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Torrent du Petit Tabuc

1&1 Hébergement - 

Galibier, 3228 m, et Aiguillette du Lauzet, 2717 m

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