Alpes vaudoises – Pilier de la Pissechèvre – Farinet

By Bertrand, 17 juillet 2012

Pilier de la Pissechèvre

Les deux passages caractéristiques : la dalle bien lisse à droite et au fond à gauche le mur raide et continu

 

Pissechèvre, drôle de nom tout de même… Encore Pissevache, j’imagine assez bien la ressemblance, mais Pissechèvre. Pourquoi pas Pisse-menu ? Mais voilà, Pissevache était déjà pris par la célèbre cascade qui s’écoule dans le Valais à quelques kilomètres en aval. Les Vaudois se seraient-ils contentés de ce substitut ou une réalité historique l’a-t-il inspiré ? En faisant quelques recherches je suis tombé sur cette truculente manchette valaisanne, datant du 13 juillet 1912 et publié dans le Confédéré.

 

Je ne résiste pas au plaisir de la livrer ici :

 

« Purisme

 

Un puriste qui choisit fort mal son heure de polémiquer avait récemment cherché noise au hameau de Merdasson de ne pas se pourvoir d’un autre nom. Pour un peu, il le trouverait insuffisamment sélect devant ceux qui viennent de montrer quelque intérêt à sa population affligée. […] Il est cependant bien entendu que nous n’irons pas jusqu’à suspecter de polémiste pudibond d’avoir par là songé à nuire pour si peu que ce soit aux habitants de Merdasson. Il a seulement cru, avec une ignorance qui suffira peut-être à le signaler à la sollicitude des grands maîtres de notre instruction publique, que seul le Valais possède de ces noms évocateurs d’un produit que notre aversion ne suffira jamais à séparer totalement de nous.

 

Vincent dans la belle dalle de L5

 

 

Du reste, si l’on se met en quête de pudeur, il est fort malaisé de s’arrêter, tant la pente devient glissante dès qu’on pose le pied sur ces matières-là. […] Mende, le chef-lieu de la Lozère, devra-t-elle cesser de porter ce nom parce qu’un jour un télégraphiste allemand aura substitué innocemment un r à sa troisième lettre? D’ailleurs, à côté des noms stercoraires de lieu, il y a toute une série de noms de personnes suggestifs d’images variées. […] Ca qui n’a pas empêché un […] Cochon — qui s’est adjugé en supplément le nom de Lapparent — de s’illustrer jusqu’à devenir membre de l’Institut de France. Ce qui n’a pas empêché un certain Chions-du Collet, dont on ne pouvait lire le nom sans se le représenter les muscles du cou tendus en vue d’un suprême effort, de mourir sénateur.

 

Il en est aussi qui, au lieu d’accoupler à leur nom primitif un autre nom qui tendra à en atténuer le goût plutôt drôle, en appliquent un second qui complète la signification déjà plaisante du premier. Tel l’ancien archevêque d’Aix-en-Provence, qui, au nom de Gouthe, annexait celui de Soulard. Il en est encore qui ont obtenu de modifier leur nom par interprétation. […]

 

A l’attaque de la longueur clé

 

Je conseille donc aux gens de Merdasson de ne pas rougir plus que les dames de la cour de France et de rester franchement ce qu’ils sont. Que si, malgré notre avis, ils tiennent bien à un changement, ils ne se contentent pas du Erdesson proposé, lequel n’est ni beau, ni expressif et moins encore spirituel. Qu’ils suivent plutôt l’exemple de ce maître des cérémonies et trouvent quelque terme de bon aloi, ne fût-ce que pour montrer – qu’on peut être de Merdasson et avoir de l’esprit. En voila assez sur un tel sujet. Mais on conviendra que ce n’est pas nous qui avons commencé à remuer cette matière délicate. »

 

 

 

Vincent dans le crux

Ces élucubrations de côté, Vincent et moi avons posé avec beaucoup de plaisir nos chaussons sur cet élégant pilier de gneiss, parcouru par la voie Farinet. Et il ne fallait pas avoir la tête trop enfarinée pour franchir le passage clé qui a fait la réputation de la voie, à savoir un mur rouge et compact de 35 mètres de haut nous offrant une escalade raide, continue et demandant une bonne lecture pour être enchaîné en libre. D’autant que le vent a choisi ce moment pour se lever, renforçant le caractère de cette escalade. Mais il ne faudrait pas résumer la voie à cette longueur. Chacune d’entre elles dispose de son propre caractère et mérite d’être parcourue. Progression sur le fil d’une arête, dalle lisse et technique, petit surplomb, … de nombreux registres de l’escalade sportive sont sollicités.

 

 

 

Cette journée au soleil fut aussi et surtout un bon moment avec Vincent, désormais jeune papa, qui m’a initié (avec Martin) à la grimpe quelques années plus tôt. C’était une joie de lui faire découvrir cette vallée du Rhône, si proche et accessible, et pourtant regorgeant d’escalades intéressantes sur du très bon rocher. Nous n’avions pas grimpé ensemble depuis un an, mais comme les meilleures cuvées, notre cordée s’améliore avec les années.

 

A la recherche de la prochaine prise de main

 

 

 

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