Aiguille de la Dibona – Voie des Savoyards

By Bertrand, 15 juillet 2012

Si je souhaitais donner le goût de la montagne à un enfant, je le conduirais pour sa première « course » au refuge Soreiller. Déjà émoustillé par l’idée de dormir en altitude, son excitation ne ferait que croître au moment où la voiture commence à enchaîner les serpentins de l’étroite route à fleur de roche nous menant au cœur de l’un des massifs les plus sauvages des Alpes. Le décor, planté dès Saint-Christophe-en-Oisans, ne nous quittera plus pendant la première heure d’ascension.

A mi-chemin de la montée au refuge Soreiller

A mi-chemin de la montée au refuge Soreiller

Chaussures de marche au pied, délaissant l’asphalte abîmé par d’âpres hivers, nous sommes entourés de lieux agités par l’eau cristalline d’une rivière dévalant les pentes en contrebas et d’énormes cascades se déversant avec fracas. Au loin, les neiges et glaces éternelles qui scintillent nous rappellent que nous sommes bien en haute montagne, et ce malgré toute la chlorophylle qui nous entoure encore.

Premiers regards posés sur cette cathédrale de pierre

Premiers regards posés sur cette cathédrale de pierre

A mesure que nous progressons sur l’étroite sente, la végétation se fait plus rare, l’impression de solitude se fait plus grande. Le chemin se raidissant légèrement, les eaux du ruisseau du Soreiller deviennent assourdissantes. Alors que le chemin se poursuit sur l’autre rive, deux petits rondins permettent de tester l’agilité de l’apprenti montagnard. A ce moment, si la fatigue commence à se faire sentir, que notre compagnon garde la tête dans les souliers pour assurer des pas quelque peu hésitants, il suffira de lui proposer de lever les yeux. L’on saura alors, à la mesure du pétillement de ses yeux si la montagne exerce son charme. L’image de cette arête faitière effilée s’imprimera profondément en lui. En effet, quoi de plus mémorable que le premier regard posé sur cette montagne qui émerge telle une cathédrale de pierre. Une fois dévoilée, la montagne ne se dissimulera plus à l’âme courageuse venue à sa rencontre. Aussi, si la deuxième partie de l’ascension est-elle un peu plus ardue sur un pierrier parfois délicat, la seule vue de la Dibona permet de se ragaillardir jusqu’à l’accès au refuge, véritable havre de paix, au pied de notre montagne tant convoitée.

Stéphane en pleine méditation ;)

Stéphane en pleine méditation 😉

Certes Stéphane et moi avons passé le stade de l’enfance mais je crois que la montagne a cette capacité magique de nous renvoyer à un passé plus simple, peut-être plus naïf parfois. En y songeant quelle place aurait l’escalade dans une vie adulte cernée d’impératifs et de responsabilités, si ce n’est celle du jeu et du futile, éléments de notre quotidien souvent relégués à la portion congrue.

Edelweiss...

Edelweiss…

Après un accueil plus que chaleureux par les trois gardiennes (!) du refuge et un morceau de tarte au chocolat plus que reconstituant, nous décidons d’occuper notre après-midi dans les contreforts de la Dibona (voie dénommée Mickey pour rester dans l’ambiance). Ces petites voies de quelques longueurs nous permettent de nous dégourdir tout en nous offrant une première sensation du granite Dibona, l’un des meilleurs de l’Oisans, mais surtout un point de vue admirable sur notre projet du lendemain, la voie des Savoyards.

Au sommet de Mickey !

Au sommet de Mickey !

Ouverte par Pierre Chapoutot en 1967, un des meilleurs ouvreurs du massif, celle-ci est restée vierge de tout rééquipement ce qui nécessite une bonne reconnaissance des passages clés. Sans équipement moderne à demeure, peu de possibilité de redescente une fois engagés dans cette voie dont je ne sais si elle tire son nom de l’origine de ses ouvreurs ou bien du grand S qu’elle trace sur le rocher. En effet, après un départ face sud, l’itinéraire trace une grande traversée vers la gauche sous des toits impressionnants avant de reprendre son parcours vertical face ouest.

La voie des Savoyards

La voie des Savoyards

La voie des Savoyards que nous convoitons

La voie des Savoyards que nous convoitons

Le projet est ambitieux d’autant qu’il s’agit pour Stéphane de la première course de ce type et la fin d’après-midi est agréablement occupée par une école de pose de coinceurs à quelques pas du refuge. Nous y faisons la connaissance de deux sympathiques montagnards grenoblois, Robin et (TBC) dite « la boulette ». Elle le prouvera amplement le soir même en se cognant de manière impressionnante le genou en voulant faire une traction mais surtout le lendemain lorsque nous vîmes Robin revenir au refuge une heure après leur départ : une des cordes était restée au refuge … 😉 Mais ceux-ci nous réjouissent surtout par leurs récits de course dans l’Oisans sauvage dont il nous reste tant à découvrir !

Coucher de soleil sur l'Oisan sauvage

Coucher de soleil sur l’Oisans sauvage

Malgré le confort du petit dortoir une inquiétude vient troubler ma sérénité, la météo du lendemain. La nuit est annoncée pluvieuse et effectivement à notre lever une brume épaisse entoure le refuge qui semble flotter dans une nuée grisâtre. Après avoir joué les prolongations nous décidons de nous lever malgré tout, ou plutôt je décide de réveiller « La Marmotte » qui ne semble perturbé par aucun trouble intérieur ou extérieur !! Bien nous en a pris car de belles éclaircies viennent éclairer la salle commune où nous avalons notre petit déjeuner. Le ciel bleu et le soleil ne nous quitteront d’ailleurs plus jusque dans la vallée.

Belle ambiance pour le petit-dej !

Belle ambiance pour le petit-dej !

Si je devais garder deux instants de notre escalade sur les Savoyards ? Premièrement la belle traversée sous d’imposants toits, plus difficile qu’elle n’y paraît du fait des bonnes possibilités de se protéger.

Stéphane en finit avec la longue traversée

Stéphane en finit avec la longue traversée

Deuxièmement les dernières longueurs en face ouest sont splendides, dans une face grillée par le soleil et dont l’ascension semble impossible de premier abord. L’escalade suit d’abord de superbes fissures et écailles avant de devenir technique sur une traversée de dalle bien lisse puis finit par un dièdre athlétique dont les vieux coins en bois témoignent du passage de nos anciens. L’ascension se finit sur le fil de l’arête terminale. Magnifique !

Les dernières longueur de la face W

Les dernières longueur de la face W

Le dièdre final

Le dièdre final

Je garde aussi en mémoire la belle longueur effectuée par Stéphane en premier de cordée, sa première sur coinceurs mais également nos multiples errements et notre questionnement fréquent sur le meilleur itinéraire à suivre ; ils ont contribué au caractère de cette course.

Stéphane mène la charge

Stéphane mène la charge

 

Sur l'arête sommitale

Sur l’arête sommitale

La course nous la ferons véritablement au galop au retour car la route vers Lausanne est encore très longue. Bien qu’avec un bon compagnon tout passe plus vite…

Summit is always nice !

Summit is always nice !

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