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Les Gastlosen, trait d’union

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C’est ainsi que je vois ce beau massif pré-alpin. Un beau trait d’union entre le canton de Vaud et celui de Berne. Stéphane et moi avons plaisir à nous y retrouver. Cela faisait plusieurs mois que nous n’avions pas pu le faire, happés par nos quotidiens respectifs. Chaque rencontre est néanmoins naturelle, simple et sincère.

Le prétexte de celle-ci est un excercice dans le cadre de la formation continue de Stéphane qui vise à montrer l’importance des bulles d’air. Pour reprendre son souffle, déconnecter, se recharger. C’est exactement ce que nous avons fait durant cette grosse demi journée. Parler, grimper, prendre un café et quelques rayons de soleil.

Pour la suite je laisse la parole à Stéphane qui devait écrire sur son expérience. Merci pour tes beaux mots inspirants et justes.

Comment je construis mon savoir sur moi-même ?

Ce qui se joue pour moi dans la grimpe dépasse largement l’activité physique. C’est un miroir.

J’y apprends la patience, d’abord avec l’autre. Attendre que mon partenaire trouve la solution, malgré la position inconfortable, malgré le temps qui passe, demande une forme de lâcher-prise. Cela me renvoie à ma pratique professionnelle : ne pas précipiter les apprentissages, supporter le silence, respecter le processus de l’autre.

J’y apprends aussi l’humilité. L’échec – la voie qu’on ne réussit pas, la prise manquée – me met face à mes limites. Admettre mes manques, les accepter sans jugement, puis décider d’y travailler. Dans mon métier, c’est la même posture : reconnaître qu’on n’a pas toujours fait juste, se questionner sans se blâmer, et garder l’envie d’ajuster.

Enfin, la montagne m’enseigne la conscience du risque et de la sécurité. Chaque prise, chaque nœud, chaque ancrage porte une responsabilité, souvent celle de la vie de l’autre. Cela m’amène à redéfinir ce que signifie « offrir un espace sécurisant » pour les bénéficiaires : un lieu où ils se sentent protégés mais libres, assurés mais autonomes.

La montagne agit également comme une école du leadership. Elle confronte à un environnement exigeant, où les décisions doivent se prendre dans l’urgence tout en gardant la lucidité. Elle révèle des qualités de leader : la résilience devant les imprévus, la capacité à fédérer autour d’un objectif commun, et la compréhension subtile des forces et faiblesses de chacun. La cordée incarne ce « leadership situationnel » où il ne s’agit pas de diriger pour dominer, mais d’ajuster son positionnement pour maintenir la cohésion. Cette adaptation constante est une leçon vivante que je transpose directement dans la gestion de situations professionnelles complexes.

Quand je grimpe, j’entre dans un état d’attention particulière : ici et maintenant. La peur saine est là, l’enthousiasme, parfois la ferveur, souvent un mélange d’émotions. Je m’efforce de les comprendre plutôt que de les fuir. C’est une forme de pleine conscience, à soi et à l’environnement, qui apaise et recentre. Cet état intérieur, j’essaie de m’y raccrocher dans les moments de tension professionnelle : il me permet de ne pas réagir dans la précipitation, de rester ancré et ouvert.

Être au contact direct de la nature agit pour moi comme une source d’énergie et de prise de recul. Sentir la roche, la terre ou le bois me ramène à mon propre corps, à ce lien simple et profond avec le vivant. Le silence de la montagne, loin de me peser, repose mon esprit : il adoucit le flot des pensées et rend la réflexion plus claire. En observant les couleurs d’automne à Charmey ce jour de l’ « espace ressources », j’ai pensé à la lenteur du cycle naturel, si différente du rythme effréné de nos journées professionnelles. Ce contraste m’a rappelé que certaines choses nous échappent, que tout ne dépend pas de nous. Il existe des forces, comme le temps ou la vie, sur lesquelles nous n’avons aucune emprise. Accepter cette réalité nourrit mon humilité et m’aide à relativiser face à certaines situations professionnelles où, malgré l’effort et l’envie de bien faire, il faut savoir lâcher prise. C’est pour moi une des clés pour durer dans le métier et qui n’altère en rien la notion de professionnalisme.

Une fois sur le rocher, nous ne sommes plus vraiment deux individus : la cordée devient une entité à part entière, avec deux têtes, deux cœurs, unis par une corde et la confiance. La communication est fine, dépouillée de tout superflu. Le moindre mot, le moindre geste compte. Je mesure alors combien cette relation de réciprocité ressemble à la relation d’accompagnement : chacun avance à son rythme, soutenu mais non remplacé.

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